International07.01.2019 Carnet de voyages #2 – Mumbai

Cécile Gorgeon, DG Associée chez BrainValue, partage son rapport d’étonnement suite à un voyage à Mumbai pour une étude.

 

Mon rapport d’étonnement concerne surtout l’attitude des marques Luxe et Premium en Inde, qui se place aujourd’hui, devant la France, à la 6ème place des économies mondiales et dont la croissance annuelle a dépassé les 8% cette année. Les contraintes structurelles et légales sont effectivement souvent mises en avant par les grands acteurs du luxe pour ne pas pénétrer ce marché et lui préférer la Chine, plus accueillante !

 

Lors d’une étude pour l’aéroport de Mumbai, j’ai eu la chance de rencontrer pas mal de CSP+ dans le but de bien comprendre leur rapport aux services et aux marques premium et luxe. Plusieurs choses m’ont frappées et séduites chez ces CSP+ indiennes.

 

Tout d’abord, bien sûr, leur extrême accessibilité, ouverture et simplicité dans leur attitude. Attitude très différente des CSP+ françaises par exemple, qui demandent beaucoup plus de précautions dans la façon de mener les discussions mais aussi d’attention et de sophistication dans le cadre proposé.

 

Ensuite, j’ai été surprise de l’importance de la culture indienne dans leur rapport au luxe et aux marques de luxe occidentales. En effet, si les marques de luxe y sont aussi aspirationnelles qu’en Chine par exemple, leur périmètre semble limité à certaines catégories, et notamment les accessoires (sacs, montres, chaussures, petite maroquinerie…). En Inde, le luxe ne s’incarne jamais dans un ‘total look’ des plus prestigieuses marques internationales. La prégnance de la culture indienne semble intacte. Issues des Maharadjas, du savoir-faire ayurvédique ou de Bollywood, ces traditions sont encore profondément ancrées dans les usages et préférences des CSP+ indiennes et apparaissent bien plus difficiles à contourner que les contraintes structurelles et légales. Ce n’est pas encore demain que les indiennes troqueront leur sari traditionnel pour un smoking Armani lors d’événements importants.

Photo : Blog ©MissMalini
Photo : Blog ©MissMalini

 

Autre point que j’ai trouvé particulièrement intéressant, c’est le rapport au service des CSP+. Dans ce pays où domestiques et chauffeurs font partie intégrante de la panoplie des CSP+, la notion de service ultime ne s’établit pas sur les mêmes critères qu’en occident. par exemple, il sera beaucoup plus valorisant pour un indien de se faire servir par un occidental que par un ‘local’ dont la dévotion est jugée comme simplement inscrite dans son statut (sa caste). Dans le premier cas, il s’agit d’une marque de respect quand dans le second, il s’agit d’un dû.

 

Enfin, ce qui m’a toujours surpris en Inde, c’est la cohabitation systématique et pacifique du luxe et de la pauvreté. Manger du street food bon marché sur le capot d’une grosse Mercedes à 2h du matin dans une rue de Mumbai ou boire un verre avec la jeunesse dorée dans le dernier endroit branché caché au détour d’une palissage de tôles ondulées rongées par la rouille, c’est le quotidien des CSP+ en Inde. Une ambiance bien différente des quartiers chics de Paris et autres grandes villes occidentales où le luxe a davantage besoin de se démarquer et de s’isoler.

La street food indienne, un plaisir accessible à tous. Photo : ©Mark Wiens, vlogeur food
La street food indienne, un plaisir accessible à tous.
Photo : ©Mark Wiens, vlogeur food