Société05.10.2016 Une construction identitaire à la sauce 2.0 pour la génération Z

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Les membres de la génération Z sont « born social » : ils n’ont pas connu de monde sans réseaux sociaux. Ils privilégient l’écran de leur smartphone, environ 80% des enfants en 5ème en possède un (1). Tout naturellement, cet outil leur a alors permis d’intégrer les réseaux sociaux à leur construction identitaire, même chez les plus jeunes n’ayant pas l’âge légal d’accéder aux plateformes (7% des utilisateurs de Snapchat ont 11 ou 12 ans, soit 600 000 personnes).

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Comme les millenials l’étaient avant eux, ils sont souvent décrits comme une génération au narcissisme exacerbé avec, brandi pour preuve, leur utilisation des réseaux sociaux. Incarnation de ce narcissisme générationnel supposé, pas seulement comme vecteur mais comme amplificateur, ils réduisent souvent les aspirations de leurs utilisateurs à une forme d’exhibitionnisme. Mais à une époque où la multiplication des supports visuels a permis à l’image d’acquérir un statut particulier dans notre société, n’est-il pas normal pour un enfant en plein tâtonnement identitaire de souhaiter confronter sa propre image à celles auxquelles il est exposé en permanence? Et si finalement les enfants de la génération Z étaient identiques à ceux des autres générations, simplement munis de nouveaux outils, ceux du monde dans lequel ils évoluent ?

 

A cette période pré-adolescente, où l’identité n’est pas complètement forgée, où elle fera l’objet d’une appropriation subjective, longue et aléatoire, les réseaux sociaux s’imposent comme un espace dédié à l’expression de soi, un espace d’expérimentation, comme en ont besoin les adolescents de chaque époque. L’usage des réseaux sociaux par cette génération reflète le besoin d’expression individuelle, mais aussi de normalisation et de reconnaissance par les pairs, que nous ressentons tous à cet âge. Un âge où nous avions d’ailleurs tous envie d’avoir la même marque de baskets que nos camarades !

 

Les succès de Snapchat et Instagram auprès de cette génération illustrent bien ces besoins particulièrement fort à l’adolescence. Snapchat est le réseau social préféré des 11-12 ans, dédié au divertissement et à l’instantanéité. Friands des multiples filtres photo disponibles sur la plateforme, ils s’en servent pour s’exprimer et explorer les facettes de leur personnalité, de manière souvent détournée. Plus intime, plus expérimental et plus spontané, cet espace est réservé à leur cercle intime, avec en moyenne 20 à 50 abonnés. Instagram, leur deuxième réseau préféré, leu permet de regrouper rapidement plus de 100 abonnés. Ce réseau leur sert à renvoyer une image plus travaillée d’eux-mêmes, celle qu’ils auront choisi et construit auprès d’une plus large audience. A cet âge où la norme fait souvent office de loi, ils connaissent le pouvoir d’un like, puisque leurs abonnés peuvent voir les photos qu’ils aiment et celles qu’ils commentent. Cet arbitrage habile entre les différentes plateformes permettent à l’adolescent de tâtonner pour construire son identité, tout en s’intégrant dans ses différents groupes de socialisation, plus ou moins larges. L’exploitation de ses nouveaux moyens d’expression ne date pas d’hier : l’arrivée des plateformes de micro-blogging, et le succès de Skyblog dans les années 2000, ont amorcé cela. C’était l’une des premières fois où des adolescents en pleine construction identitaire se sont emparés d’un outil social et ouvert, associé à leurs explorations adolescentes.

 

Finalement, ces espaces d’expressions, qui paraissent nouveaux aux autres générations dans leurs formes, ne sont pas si nouveaux dans leurs principes. Ils sont aujourd’hui incontournables pour ces jeunes adolescents afin de s’épanouir et de s’exprimer, car ils sont les outils de leur quotidien. L’application de playback Musical.ly, en est un exemple, car elle permet aux adolescents de  s’exprimer de manière créative et de se divertir, tout en s’intégrant en fonction de leurs préférences musicales. Ces playbacks peuvent nous rappeler une scène familière : qui n’a pas de petite cousine, qui chante et danse,  ou du moins essaye, devant la Reine des Neiges ? Une façon d’attirer l’attention et la reconnaissance, nécessaires à l’affirmation de soi ! La différence réside dans le fait qu’avec les réseaux sociaux, cela se déroule au vu et au su de tous, alors qu’avant, l’exploration identitaire était cantonnée à des espaces délimités physiquement, entre les quatre murs de nos chambres couverts de posters ou au sein de nos groupes d’appartenance. De plus, de nombreuses stars de la chanson comme Selena Gomez et Ariana Grande sont présentes sur le réseau. Un rapport de proximité, entre fans et leur icones, qui a été permis par le digital mais longtemps souhaité par de nombreux enfants, génération après génération, pour l’identification & la construction de soi. Le digital a permis de réinventer le lien à l’autre, tout en mettant sur le devant de la scène des besoins qui s’exprimaient dans le privé auparavant.

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Dans une société panoptique, où tout est visible, les repères sont imagés. La norme se matérialise autrement, ce qui a modifié les modalités de construction identitaire des adolescents : pas dans sa substance mais dans l’art et la manière.  Comme le décrivait Régis Debray, à l’ère de la vidéosphère, ce qui n’est pas visible n’a pas d’existence.  Sur les réseaux sociaux, l’adolescent développe sa personnalité subjective, celle qui n’est ni déterminée biologiquement, ni socialement. Il la façonne pour faire face au monde qui l’entoure, non pas dans un rapport de force et dans une optique narcissique, mais pour se sentir exister et asseoir sa place dans la société. Ainsi l’utilisation de ces nouveaux outils fournis par le monde d’images dans lequel il évolue n’en est que plus naturelle et ne doit définitivement pas être ramené à une simple pulsion narcissique. Ce qui doit compter dans notre appréhension de ces pratiques n’est ce pas ce qu’on en voit (eg. des selfies à répétition) mais plutôt ce que cela lui apporte à une période charnière de sa vie en tant qu’individu : un espace pour se trouver !

 

(1) « #BornSocial – la génération des moins de 13 ans va t-elle bouleverser le marketing des réseaux sociaux ? » –  Confèrence organisée le 27 Septembre par Hopscotch Global PR Groupe et l’agence Heaven 

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